Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 13:58
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Mais ensuite ?

Nous sommes le 19 avril 2012 aéroport de Roissy Charles de Gaulle dans le terminal 2C, les vacances scolaires battent leur plein. A l’enregistrement des bagages, on sent l’euphorie du voyage chez les passagers du vol AF888 de 10h45 à destination de Kinshasa. Kevin Kimpefe en classe de terminale au lycée Kyoto à Poitiers fait aussi partie du voyage mais lui est déjà au pied de l’avion sur le tarmac, dans un fourgon de police et sera monté en premier au fond de l’appareil. Menotté, encadré par 4 policiers dont 3 en civil, contrairement aux autres passagers, il n’a pas choisi de faire ce voyage. Pourquoi est-il là alors ? Il a 19 ans, il est sans-papiers, donc indésirable et doit être banni du territoire français...

Léon, passager en classe Affaires, ne pouvait pas voir Kevin de sa place mais vers 10H30 des cris stridents provenant du fond de l’appareil commencent à retentir dans tout l’avion "ne me laissez pas partir ! Aidez-moi aidez-moi ! Je passe mon bac dans 2 mois !". Plus personne ne pouvait dire "je ne savais pas, je n’ai rien entendu, je n’ai rien vu". Installé en Belgique, Léon est père d’un jeune homme du même âge que Kevin. Il se dit qu’il ne peut pas laisser faire ça, que ça pourrait être son fils ! Il repense alors au papier qui parle de ce jeune majeur scolarisé et sans-papiers que lui avaient remis quelques heures plus tôt des militants venus sensibiliser les passagers à la cause de Kevin. Il relit l’histoire du lycéen et se lève aussitôt puis se dirige d’un pas déterminé vers le fond de l’avion. Un autre passager est déjà debout et demande aux policiers à ce que le calme soit rétabli à bord car les cris du jeune homme font peur à ses enfants. "Ne vous inquiétez pas, rasseyez-vous et il va se calmer quand l’avion décollera !".

Kévin est en larmes... Léon s’approche de Kevin. Ce dernier le supplie d’un regard atterré de l’aider et lui explique en suffoquant qu’il n’a plus personne à Kinshasa. En effet, le père de Kevin a été assassiné et suite à ce drame la famille a rejoint la France en 2006 laissant derrière elle un passé douloureux. Kevin était alors âgé de 14 ans, un âge sensible. La famille endeuillée s’est installée à Poitiers où elle a pu reconstruire une vie, certes jalonnée parfois d’épisodes difficiles car il y a des souffrances qui laissent des cicatrices indélébiles dans une vie, mais Kevin a su surmonter ses difficultés. Un récit de vie auquel nul ne peut rester insensible et encore moins les passagers du vol AF888 qui avaient conscience que l’avenir tout entier de Kevin était entre leurs mains et qu’il s’agissait là de porter assistance à une personne en danger. Les passagers décident alors dans leur grande majorité de se lever et de ne plus se rasseoir tant que le futur bachelier ne serait pas débarqué.

Parmi eux, Daida. lycéenne de 16 ans en classe de seconde. Elle va passer ses vacances avec ses deux sœurs cadettes chez ses grands-parents à Kinshasa. Elle aussi ne comprends pas que son pays la France qu’elle a toujours imaginé comme un pays respectueux de la dignité humaine, puisse traiter de la sorte un lycéen pour le simple fait qu’il n’a pas les bons papiers. Profondément choquée par ce qui se passe sous ses yeux, elle appelle sa mère d’origine indo-africaine qui approuve d’emblée l’acte courageux et solidaire de sa fille et l’incite à ne pas céder à la pression des CRS qui ont envahi massivement l’avion afin de dissuader la résistance grandissante. Une policière filme avec une caméra les visages des passagers toujours debout et refusant d’obéir aux forces de l’ordre qui les menacent de poursuites judiciaires pour rébellion. Le bras de fer entre passagers et policiers dure deux longues heures, durant lesquelles pas une seule fois le commandant de bord ne se sera manifesté !

Le vol décollera à 13H mais sans Kevin qui a pu assister à son audience du juge des libertés et de la détention à Meaux le lendemain. Il est libre et a rejoint sa maman et sa fratrie à Poitiers. Merci aux passagers du vol AF888 pour leur courage.

Un passager a été choisi parmi tant d’autres et a été débarqué pour s’être indigné contre l’expulsion de Kevin. Nous ne savons pas ce qu’il est advenu de lui.

Quant à messieurs Sarkozy et Guéant, sachez qu’au pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, on n’expulse pas des lycéens, on ne démembre pas des familles, sans qu’il y ait de résistance ! Des voix continuent et continueront de s’élever tant qu’en France règnera cette politique inhumaine et attentatoire du chiffre qui va à l’encontre des valeurs inscrites sur le fronton de nos édifices publics, ces mêmes valeurs pour lesquelles des femmes et des hommes vivent et respirent.

Malika Chemmah, RESF 93

 

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Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 10:06
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La dépêche | 17/05/2012

 

Lorsqu'il a été interpellé le 19 avril en allant chercher sa fille âgée de six mois à la crèche, Monsieur B. ne savait pas que sa demande de titre de séjour lui était refusée depuis décembre 2011. Car l'avis de la préfecture n'avait pas été envoyé à l'adresse indiquée sur le récépissé de demande de titre de séjour, mais à l'ancienne adresse de Monsieur B. Depuis, ce Béninois âgé de 33 ans est incarcéré au centre de rétention de Cornebarrieu et expulsable à tout moment. Pour la Cimade qui vient de tirer la sonnette d'alarme, cette expulsion serait dramatique. Car n'étant pas marié avec sa concubine originaire d'Haïti, mais titulaire d'une carte de séjour de dix ans, il ne pourra pas bénéficier des mesures de regroupement familial qui lui permettrait de revenir légalement en France pour retrouver sa compagne et son bébé. Et il sera impossible au couple qui n'est pas originaire du même pays de refaire sa vie au Bénin ou en Haïti. « La préfecture ne prend absolument pas en compte la situation de la gamine qui va perdre son père », déplore un responsable de la Cimade.

Sollicitée par téléphone, la préfecture de la Haute-Garonne a choisi de ne pas communiquer sur ce sujet.

 

 

 
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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 22:32
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Le revirement, c'est maintenant. Après un blocage de plus de huit mois, le préfet de Seine-et-Marne, Pierre Monzani, s'est semble-t-il rappelé qu'il était là pour faire appliquer la loi dans son département. Lundi 14 mai, les dix-huit enfants de familles étrangères placées en hébergement d'urgence vont enfin pouvoir faire leur rentrée à l'école de Rubelles, petite commune près de Melun. Le maire UMP, Jacques Baumann, qui refusait depuis octobre de délivrer à ces enfants un certificat de scolarisation a dû se plier aux injonctions du préfet, resté jusque-là bien discret.

Dix-huit enfants sont déscolarisés depuis des mois à Rubelles 
Dix-huit enfants sont déscolarisés depuis des mois à Rubelles© NB

Mercredi 9 mai, un rassemblement devant la préfecture avait marqué le point d'orgue d'une mobilisation des différentes associations qui défendent ces familles RESF (Réseau éducation sans frontière), Ligue des droits de l'homme (LDH), ou Amnesty. Plusieurs élus locaux et des personnalités politiques comme Olivier Besancenot s'étaient jointes au rassemblement. Avec un petit cours de droit des enfants, administré par un spécialiste.
« Nous avons été reçus par un représentant du préfet qui nous a expliqué qu'ils n'étaient pas restés les bras ballants pendant tout ce temps. Il nous a lu une lettre adressée au maire lui rappelant ces obligations en la matière et le prévenant qu'il encourrait des sanctions pénales s'il persistait », rapporte Nicole Fautrel de la LDH qui suit le dossier depuis plusieurs mois.
Ironie de l'histoire, la lettre a été adressée au maire le 7 mai dernier, au lendemain de l'élection de François Hollande, comme si, dans ce volte-face, flottait un petit air d'alternance politique.

Un dispositif particulier pour accueillir les familles et leurs enfants

Pas dupes, les associations se réjouissent néanmoins de cet heureux dénouement. Après les préventions exprimées par les familles de la commune, la polémique politique et la médiatisation autour de cette affaire, elles espèrent que la rentrée de ces enfants pourra se faire dans la sérénité.

Policiers devant l'école de Rubelles 
Policiers devant l'école de Rubelles© NB

« L'éducation nationale a mis en place un dispositif pour pouvoir accueillir demain les parents et les enfants, explique Nicole Fautrel. Les deux enseignants spécialisés en CLIN (classe d'initiation pour enfants non-francophones) devraient être présents. Nous allons les accompagner dans leur rentrée», assurait dimanche Nicole Fautrel.

 

 

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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 10:32
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Voilà plusieurs jours que nous nous activons autour d'un patient qui a été admis aux urgences pour "troubles du comportement et aggressivité".
Le patient est de Sainte Lucie (Ile voisine de la Martinique) et ne parle pas français. Il n'a aucune famille en Martinique et n'est pas capable de donner les coordonnées de ses proches. Il n'aurait aucun antécédents de santé, notamment psychiatrique.
Je trouve au début de ma garde un patient contentionné (c'est-à-dire attaché à un lit avec des bracelets au niveau de ses quatres membres), le regard vide, ne parlant pas. Le bilan biologique est strictement normal. On lui fait passé un scanner cérébral qui est également normal. Un avis est pris auprès de l'équipe de psychiatrie qui conclue à une origine somatique probable.
A 12h00, je retrouve le patient dans son lit dans un état comateux avec une raideur diffuse. Je crains une crise d'épilepsie et administre une ampoule de Rivotril (traitement antiépileptique) au patient qui se détend un peu mais reste dans son état comateux.
Je m'inquiète d'une pathologie neurologique passée inaperçue et demande un IRM cérébrale qui est refusé par les radiologues (jour férié, pas envie de travailler). Je décide alors de réaliser une ponction lombaire pour éliminer une méningite. Ce geste douloureux qui consiste à introduire une aiguille entre deux vertèbres dans le bas du dos du patient pour recueillir le liquide céphalorachidien permettra de confirmer l'absence de méningite. Finalement après avoir sollicité le chef de service des urgences, ce dernier arrive à négocier un nouvel examen d'imagerie cérébrale (scanner plus précis, mais pas l'IRM qui aurait permi d'éliminer le diagnostic d'encéphalite). Ce nouveau scanner est également normal. Ma garde se termine, 12 heures se sont écoulées.
On est obligé d'attendre le lendemain (jour ouvrable) pour réaliser un éléctroencéphalogramme qui permettra de confirmer que le patient ne fait pas de crise d'épilepsie. Le patient bénéficiera finalement de son IRM cérébral qui se révelera également normal.
Le patient entame alors son troisième jour contentionné dans une chambre des urgences qui pu la pisse et qui est très loin de son île natale.
Entre deux il s'est réveillé, a le regard vague et ne dit rien.
Il reçoit à plusieurs reprise des traitements sédatifs par injection pour la route.
L'équipe de psy est sollicitée à nouveau mais le patient n'est pas évaluable car les traitements qu'il a reçus l'ont endormi, à revoir le lendemain.
Le lendemain, resollicitation des psychiatres qui rencontrent le voisin du Mr venu aux nouvelles.
Ce dernier leur explique que cet homme initialement en pleine santé a travaillé toute sa vie en Martinique dans les champs de canne à sucre et de banane de manière saisonnière (immigration choisie et légale de travail), il passait le reste de son temps auprès de sa famille à Sainte Lucie.
Son travail légal lui ouvrait les droits à une retraite en France.
Etant arrivé à l'âge légal il était donc revenu en Martinique pour faire les démarches administratives afin d'en bénéficier.
Il s'est retrouvé dans les méandres de l'administration française qui n'a fait aucun effort pour aider cet homme anglophone.
Il a finalement réussi à trouver les interlocuteurs pour sa retraite qui lui ont expliqué que pour avoir droit à sa retraite il fallait qu'il sache parler français !
Il a alors demandé comment faire, on lui a dit d'aller prendre des cours organisés par les services de l'immigration. Il s'est donc présenté à un cours pour apprendre le français et à la fin du cours (durant lequel il n'avait rien compris) il a littéralement craqué, pété les plombs, a commencé à avoir un comportement bizarre. Une fois rentrer chez lui, il a tout cassé. Il a été maitrisé par un médecin qui avait été appelé sur place et les pompiers qui l'ont ramené aux urgences sans préciser toute cette histoire, sans laisser de numéro de téléphone.
Le patient entame aujourd'hui son 5e jour contentionné dans un box des urgences qui pue toujours la pisse, les psychiatres ayant posé l'indication d'une hospitalisation en psychiatrie mais n'ayant pas de place disponible...
 
Vive la France, Vive la république 

Nicolas Vignier, médecin au CHU de Fort de France

PS: le patient sera finalement hospitalisé en psychiatrie le 6e jour où on lui retirera ses liens, il est toujours dans un état second sans communication verbale.

 

 

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Dimanche 29 avril 2012 7 29 /04 /Avr /2012 20:03
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Si les électeurs du Front National ont des hésitations à voter pour Sarkozy au deuxième tour, ce n'est pas à cause de ses opinions sur l'immigration, c'est parce qu'ils ont un tas d'autres choses à lui reprocher. Si le vote FN n'était motivé que par les questions d'immigration, Sarkozy ayant devancé Le Pen depuis bien longtemps, il n'aurait pas de raison d'être. Marié de façon tout à fait légale à une étrangère depuis trois ans, nous subissons chaque année l'humiliation des services préfectoraux au moment du renouvellement de la carte de séjour. Cette année, je n'ai pu résister à envoyer la lettre ci-dessous au préfet du département de Saône-et-Loire dont nous dépendons. Mon seul espoir est que cette lettre serve à tous ceux qui n'ont pas la possibilité de l'écrire. Espoir bien mince cependant...

 

Monsieur le Préfet,

Je ne savais pas encore pour qui j'allais voter au deuxième tour des présidentielles. Vos services
(obéissant sans aucun doute aux ordres du gouvernement) viennent de décider de mon choix : ce
sera pour François Hollande. Car Sarkozy c'est DEJA Le Pen en matière d'immigration. Et je ne
parle pas d'immigration clandestine, mais de celle qui est qualifiée de légale.

Marié depuis trois ans à une étrangère, j'ai pu constater l'an dernier, à l'occasion du renouvellement
de son titre de séjour, que tout avait été fait pour tenter de la décourager dans sa démarche :
après avoir déposé son dossier dans les temps, et en y joignant absolument TOUTES les pièces
demandées par la sous-préfecture, son dossier lui a été retourné à trois reprises au prétexte qu'il
manquait des documents. Après m'être renseigné dans d'autres départements, je me suis très vite
rendu compte que tous les couples mixtes étaient traités de façon identique!

Cette année, la préfecture a fait encore mieux : la carte de séjour étant valide jusqu'au 20 avril,
le dossier de demande de renouvellement a été constitué et envoyé le 10 février. Donc largement
dans les temps. Et, une fois encore, il était complet au regard des pièces initialement demandées.
Tout comme l'an dernier, il est revenu avec une liste de pièces manquantes ou ne convenant pas.
Mais il ne nous a été retourné qu'après le 20 avril! Plus de deux mois d'instruction pour un dossier
d'une simplicité extrême, je ne peux y voir qu'un manque de moyens humains ou bien une volonté
délibérée de le bloquer.

Votre décision a bien évidemment des conséquences non négligeables sur notre vie, par exemple
sur le fait que nous ne pourrons pas voyager fin mai, comme prévu, puisque la carte de séjour n'est
plus valable. Mais il est d'autres conséquences encore plus graves, et ce alors que mon épouse
a prouvé sa volonté d'intégration notamment en réussissant le DELF : elle ressent un profond
sentiment d'humiliation, et moi de honte par rapport à l'attitude de mon pays à son égard.

Voilà, Monsieur, le Préfet, ce que j'avais envie de vous écrire. C'est une réaction tout à fait réfléchie
et, croyez-moi, si M. Sarkozy est réélu, nous n'aurons plus l'occasion de vous ennuyer avec nos
demandes de carte de séjour, car nous quitterons la France.

Je vous prie de croire, Monsieur le Préfet, en mes sentiments les meilleurs, en ayant l'impression
d'avoir été jusque là un relativement « bon » Français mais de ne pas être considéré comme tel par
les autorités actuelles de mon pays.

 

Alain ROELS

 

 

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